Aviateurs de l'opération Marathon

Dernière mise à jour le 27 mai 2026.

David Chester KRAMER Jr / O-737141
7010 King Street à Bell, Los Angeles County, Californie, USA
Né le 24 janvier 1923 à Glendale, Californie, USA / † le 23 mars 1996 à Redondo Beach, Californie, USA
1st Lt, USAAF 352 Fighter Group 486 Fighter Squadron, pilote
Atterri près d'Oost-Ijzendijke, à l'Ouest de Terneuzen, Zeeland, Pays-Bas.
Republic P-47D-5-RE Thunderbolt N° série : 42-8514 Immatriculation/Nom : PZ-P, abattu le 30 novembre 1943 par le Fw. Gerhard Thyben du 6./JG 3 lors d'une mission de support de bombardiers sur Solingen (mission de bombardement avortée, la couverture nuageuse étant trop abondante).
Atterrissage forcé près d'Oost Ijzendijke, à l'Ouest de Terneuzen, Zeeland, Pays-Bas.
Durée : 10 mois.
Camps Marathon : Porcheresse.

Informations complémentaires :

Rapport de Perte d'Equipage MACR 1445. Rapport d'évasion E&E 1901 disponible en ligne.

La formation de 60 P-47 du 352 FG décolle de Bodney peu après 10 heures et au moment où elle atteint la zone ennemie, elle rencontre les bombardiers de l'USAAF retournant à leur base, la mission de bombardement qu'ils devaient escorter étant annulée pour cause de mauvaise visibilité. Vers 11h30 aux environs de Neerpelt, l'avion de Kramer est attaqué par des chasseurs Me109 et il sera abattu comme deux autres pilotes de son escadrille.

Touché par des éclats d'obus dans le bras gauche et la jambe droite, Kramer vole à basse altitude vers l'Angleterre mais des ennuis mécaniques et une panne de moteur l'obligent à se poser en catastrophe, évitant de s'écraser sur une maison. Il indique dans son rapport qu'il s'est écrasé "près de Sandvliet", mais il s'agit plutôt de Biervliet, à 6 km à l'Ouest de l'endroit du crash indiqué.

Dans son rapport, Kramer déclare qu'à peine quelques minutes après son atterrissage, des gens arrivent pour l'aider et il apprendra plus tard que trois d'entre eux avaient été battus par les Allemands parce qu'ils avaient participé ainsi à son évasion. On lui fait signe d'aller dans une étable où on lui donne des vêtements et lui indique la direction à suivre. Il commence à marcher et pense être seul avant de se rendre compte qu'il est guidé vers une ferme où il se cache dans une étable jusqu'à la tombée de la nuit.

Un gendarme vient l'interroger à la ferme pour vérifier son identité et on le place alors dans une ferme délabrée où il reste pendant 3 jours. Nous avons pu trouver dans le rapport de Lodewijk SNOECKX, 14 De Keyserstraat à Zandvliet, que c'est à la ferme de la famille de Jules DE LIE de Zandvliet qu'il est allé chercher Kramer pour le conduire à une ferme abandonnée. La liste des Helpers belges reprend un Leon DE LIE, "Zeedijk 3" à Zandvliet... Nous pensons qu'il s'agit de la Zuidhavendijk dans le vieux quartier "Zeedijk" de la commune. Kramer va ensuite loger chez "l'assistant du maire de Sandvliet" où "la nourriture est mauvaise"… [A l'époque, le maire de Zandvliet était Frans Verhoeven, mais ce nom ne figure pas dans la liste des Helpers.] Kramer mentionne qu'un officier belge le guide jusqu'à "Strigbeek" où il reste loger un mois chez un inspecteur des Douanes qui avait deux fils.

Dans leurs rapports, Louis Florent Gerardus BOYART ("Castor"), employé et officier de réserve, 12 Pastoor de Voslaan, Ekeren (Anvers) et son épouse Maria (née Van Lommel) indiquent que Gerardus a convoyé Kramer chez Clement VAN ROYEN et son épouse Constantia/Constance, née BOEYKENS, à la Molenstraat 28 à Zandvliet. Clement est secrétaire communal et il doit donc s'agir de l'assistant du maire dont Kramer parle dans son rapport. Par ailleurs, dans son propre rapport, le garde-champêtre Franciscus GORISSEN (De Keyserstraat 65 à Zandvliet) déclare qu'en compagnie de Gerardus JACOBS, ils ont guidé Kramer depuis une ferme abandonnée jusque chez Clement VAN ROYEN… Dans le rapport de BOYART, Kramer est renseigné comme étant resté 4 jours chez les VAN ROYEN avant d'être confié par BOYART à l'abbé Vincent MERCIER, Ertbrandstraat 158 à Kapellen, à 200 m de la Sint Dionysuskerk, l'église où il officiait. Kramer a été remis ensuite à l'agriculteur Franciscus HORDIES et sa femme Alberta, Eenzaamheidstraat à Kapellen, qui l'ont par après transmis à un banquier, le baron Guy DE L'HONNEUX et une demoiselle (inconnue) à l'Avenue Louise à Ixelles. Le baron avait une autre adresse à Bruxelles, le 14 Rue de Spa.

Un document allemand reprenant les noms de personnes arrêtées pour avoir aidé Kramer à Zandvliet et Kapellen (Archives NARA - https://catalog.archives.gov/id/262457247?objectPage=9) :

* L'abbé Vincent MERCIER était parti dans la soirée du 18 janvier 1944 de Kapellen pour y rejoindre Louis BOYART et convenir de la suite de l'évasion de Kramer. A l'aube du 19, tous deux furent arrêtés au domicile de BOYART lors d'une descente de la Gestapo à la recherche de Résistants de Putte-Kapellen. L'abbé, battu lors de son interrogatoire à Anvers, fut transféré le 18 mars du camp de Breendonk vers la Prison de Saint-Gilles à Bruxelles. Condamné à mort le 26, il est déporté en Allemagne et est interné dans divers camps. Il est renseigné comme étant décédé le 15 mai 1945, âgé de 36 ans, peu après avoir été libéré par des troupes Russes du camp de concentration de Theresienstadt. En sa mémoire, son nom a été donné en 1946 à la place près de l'église Sint Dionysuskerk à Kapellen.

* Louis (Gerardus) BOYART et son épouse Maria, née VAN LOMMEL, ont été arrêtés le 19 janvier 1944 et conduits à la Gestapo, Begijnenstraat à Anvers. Interrogés puis envoyés à la Prison de Saint-Gilles le 18 mars. Gerardus a été condamné à mort le 27 mars et transféré en Allemagne le 3 août 1944. Libéré le 24 avril 1945 dans un camp situé dans le Sudetenland, il déclare avoir rencontré des troupes américaines à Pilsen (Tchécoslovaquie) et avoir été rapatrié en Belgique par avion le 1er juin 1945 dans un état physique déplorable. Quant à son épouse Maria, transférée en Allemagne le 17 juin 1944, elle a été libérée des camps par l'Armée soviétique et rapatriée en Belgique le 17 mai 1945.

* Felix HORDIES, 21 ans, était le fils de Franciscus et Alberta HORDIES. Cette dernière, arrêtée, a été relâchée par la suite, comme son fils.

* Franciscus HORDIES, Guy DE L'HONNEUX, Clement VAN ROYEN et Gerardus JACOBS furent également arrêtés en début 1944. Passés par la Prison de Saint-Gilles, ils font partie du groupe de 46 Belges condamnés à mort et déportés vers l'Allemagne par le convoi parti de Bruxelles le 22 août 1944. Devenus N.N. (Nacht und Nebel/Nuit et Brouillard) signifiant qu'on n'était plus supposé retrouver leurs traces, ils passeront par diverses prisons. Celle de Cologne le 23 août, Coblence le 30 août, Francfort le 1er septembre, Nuremberg le 8 septembre, Bamberg le 9 septembre, Bayreuth le 15 septembre. Transférés le 29 mars 1945 à Amberg en Bavière, les condamnés seront libérés le 23 avril par des troupes Américaines

* Franciscus GORISSEN, arrêté le 3 février 1944, mais acquitté par le Tribunal de la Luftwaffe à Bruxelles. Détenu cependant à la Prison de Saint-Gilles et échappé du "Train Fantôme" lors de la libération de la capitale le 3 septembre 1944.

* Irene VAN ROYEN et sa mère Constantia VAN ROYEN ne seront pas envoyées en Allemagne et seront relâchées.

* Le dossier de Lodewijk SNOECKX (où il est repris comme Louis Snoeckx) indique seulement qu'il a été arrêté le 9 juin 1944, est passé par le Tribunal à Bruxelles et a été libéré par des troupes Américaines d'un camp (non précisé) en Allemagne.

Dans son rapport, Kramer indique que l'état de ses pieds gelés s'améliore pendant son séjour durant lequel il lui semble qu'un prêtre était le chef de la Résistance locale (la Section "LOUELLAS" pense-t-il). Ce prêtre est donc l'abbé MERCIER. Un L'officier le guide alors vers Bruxelles et le remet à une série de personnes, l'une d'entre elles "qui lui semble être une LILI" l'emmenant à une maison où il est pris en photo. Le lendemain, une fille rondelette le guide jusqu'à l'appartement d'un gendarme et Kramer dit avoir l'impression que la fille et "LILI" y habitent. "LILI" est vraisemblablement Aline DUMON ("Lili", "Michou") qui travaillait en liaison avec l'abbé Mercier dans la sous-section "Lhonneux" du Groupe Ugeux-Dumon, avant de devoir quitter la Belgique pour Paris. Le nom de Kramer ne figure cependant pas dans son rapport.

Kramer poursuit son rapport : Le jour suivant, on l'emmène à une maison où vivent un homme, sa femme et deux enfants, dont il indique que leur nom "ressemble à JAMESON" (?) Juste après la Noël, on lui apprend que la Gestapo a infiltré la ligne et torturé un guide pour le faire parler. On lui dit également que l'un des guides masculins qui l'avait convoyé a été arrêté également et qu'il connaît les endroits où les évadés étaient cachés. Mme "L'anglais", "à la tête d'une organisation communiste", le mène alors en bus à Perwez. Il loge pendant 3 mois dans sa famille, avec son mari et leurs deux enfants, une fille de 21 ans et un fils de 16 ans. [Il s'agit en fait de Simone LENGLEZ, épouse d'Oscar LENGLEZ, le chef de la section Perwez de l'Armée Blanche. Leurs enfants s'appelaient Louise et Robert. Ils habitaient au 35 Rue de la Station à Perwez.]

Kramer rapporte qu'entretemps il loge également chez le bourgmestre de Perwez pendant 1 semaine et qu'en général on le fait changer souvent de cachette. Dans son rapport, il mentionne un B-24 abattu (le 29 janvier 1944) près de Waterloo dont un membre de l'équipage, le S/Sgt Joe McCrary, l'a rejoint à un certain moment et est resté avec lui environ 2 semaines.

Kramer part ensuite pour Wavre où il loge chez un Russe et une Française dont les enfants sont nés au Canada. Pendant qu'il se trouve chez eux, un autre B-24 est abattu (c'est le 12 avril 1944) et dans son rapport, Kramer cite le navigateur de cet appareil, Lloyd "Herminski" (c'est le 2nd Lt Lloyd Hermanski), le pilote "Sam" (le Lt Samuel Schleichkorn), le mécanicien "x" (le T/Sgt Charles Bowman) et le bombardier "x" Robert Pritchett, dont il pense qu'ils sont tous saufs. Il rapporte avoir appris que le pilote de ce B-24 avait été arrêté (il s'agit du 2nd Lt James C. Barnett effectivement capturé).

Dans son rapport, Louis FLAMENT indique que Barnett a été dénoncé par le garde-champêtre Demeesmackers de Thorembais-Saint-Trond… Le rapport des activités de Charles-Ferdinand BOURDILLOUD ("Max"), établi au départ de souvenirs et documents de sa veuve Marie-Jeanne (née DE WIT) indique du convoyage, du logement et la fourniture de faux documents à divers aviateurs. Pour ce qui concerne Kramer, BOURDILLOUD l'a guidé à Chaumont-Gistoux (Hermanski, lui, l'étant jusqu'à Tourinnes-Saint-Lambert). Maria BOURDILLOUD indique qu'elle est en possession de plaques d'identité et de photos, dont celle de Kramer… Charles BOURDILLOUD, qui habitait au 26 Avenue Alexandre Bertrand à Forest-Bruxelles, a été abattu le 6 août 1944 par des membres de la brigade Z des Milices rexistes, en même temps que Paul VAN HUMBEECK et le bourgmestre de Wavre, Alphonse BOSCH, lors d'une réunion au domicile de ce dernier à Wavre.

Kramer mentionne aussi avoir vu un P-47 nommé "Joe" abattu "lors du second raid sur Berlin" (par l'USAAF, donc le 6 ou le 8 mars 1944…) Il pense que tous ces hommes ont été transférés à "Tourin" (exact, à Tourinnes-Saint-Lambert, près de Walhain), de même qu'un canadien d'environ 2m10 d'un Mosquito abattu (à notre avis, il doit s'agir du F/Lt RCAF Gordon Morgan).

Kramer poursuit en signalant qu'il est alors guidé par José MANDELAIRE jusqu'à Chaumont-Gistoux où il reste dans une ferme pendant deux mois et demi. Pendant qu'il s'y trouve, un irlandais nommé "Sam Brown" (?) y passe et parle d'un départ pour la Suisse.

MANDELAIRE emmène ensuite Kramer "à Boneley par GEAY (Dorceai (?)" où il loge chez Celina FLEMAL ("Nina"), qui habitait 60 Haut Bonlez à Bonlez, à 3 km au nord de Chaumont-Gistoux. Kramer signale aussi que "Pratt" s'y trouvait (1er Lt Kenneth Pratt).

On ramène ensuite Kramer à Wavre où il loge deux nuits chez des Flamands avant d'aller à Nil-Saint-Vincent chez "Georges" (Léon GEORGE) qui l'héberge pendant 3 semaines chez lui, à la Rue des Hayettes. GEORGE le conduit ensuite à vélo vers Spy où il reste deux semaines dans une ferme. Il s'agit de la ferme d'Arthur BOUVIER, recruté par Léon GEORGE, et dont la "Ferme du Fayat" à Balâtre (Saint-Martin, près de Jemeppe-sur-Sambre) servait de relais avant Spy. Kramer est ensuite transféré à "Muny près de Namur" (il s'agit de Monin, à 5 km au nord-est de Ciney) où il reste trois nuits chez des gens membres de l'Armée Blanche. Madame Veuve Esther Valentine BROUIR, de Monin, la seule personne de cette localité reprise à la liste des Helpers belges, participait à l'aide aux aviateurs, mais aucun rapport d'évadé ne la mentionne… Kramer est mené à un maquis de l'Armée Blanche près de Ciney et déclare avoir participé à certaines de leurs actions jusqu'à l'arrivée de tanks des éléments de reconnaissance de la 2e division blindée américaine le 7 septembre. Il rapporte avoir assisté à la mort de 200 Allemands (lors des combats acharnés du 27 août) et précise que le Major de l'Armée Blanche était Charles BODART, habitant 44 Rue du Centre à Ciney. Le Major BODART commandait le groupe A, secteur 5, zone 5 de l'A.S.

Son rapport ne mentionne pas Porcheresse, mais la proximité de cette dernière avec Ciney et sa mention d'un camp nous confortent dans l'idée qu'il se trouvait bien au camp Marathon de Porcheresse lorsqu'y sont arrivées les troupes américaines.

A noter que selon Gaston MATTHYS, David Kramer serait parti directement (???) depuis Bruxelles vers les camps Marathon dans les Ardennes.

Libéré le 9 septembre 1944, Kramer quitte le continent en avion au départ de la France le 10 septembre pour regagner l'Angleterre où il est interrogé le lendemain par le MIS.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters