Personne passée par Comète via les Pyrénées

Dernière mise à jour le 29 juillet 2026.

John Patrick O'LEARY / R.114680
Claybank, Saskatchewan, Canada
Né le 9 mai 1919 dans une ferme près de Claybank, Saskatchewan, Canada / † le 12 juillet 2018 à Claybank
Sgt RCAF, RAF Bomber Command 428 Squadron, bombardier
Atterri aux environs de Waalwijk, Noord-Brabant, Pays-Bas
Fairey Aviation Halifax MkV, n° série DK257, NA-Q, abattu vers 02h00 par l’Ofw. Richard Launer du 10./NJG4 dans la nuit du 13 au 14 juillet 1943 lors d'une mission sur Aachen.
Écrasé à Genderen, 6 km au NNE de Waalwijk, Noord-Brabant, Pays-Bas
Durée : 10 semaines.
Passage des Pyrénées : le 19 septembre 1943

Informations complémentaires :

Rapport d'évasion SPG 3315/1454.

L'appareil décolle de Middleton Saint George à 23h30. Survolant la Hollande en route vers l'objectif, l'avion est attaqué à hauteur de Tilburg par un chasseur de nuit à 4900 m d'altitude. Les deux mitrailleurs, les sergents Thomas Henry Pritchard et Montague Edwards sont tués; leurs corps n’ont jamais été retrouvés et leurs noms figurent au mémorial de Runnymede. Le pilote, Fl/Lt Donald Scott Morgan et trois autres hommes sont faits prisonniers : le Sgt Donald Brown – RCAF, le navigateur F/O Francis Henry Ditchburn – RCAF et le P/O Boyd Leslie Gillis - RCAF. Seul O'Leary parvient à s'échapper.

Dans son rapport d'évasion, O'Leary déclare qu'après avoir constaté que deux moteurs étaient probablement détruits, il a entendu l'ordre d'évacuer, a dégagé le parachute du pilote pour le lui donner, juste avant de sauter lui-même. Il déclare ignorer où il est tombé, se rappelant seulement que c'était dans un champ de pommes de terre. Il jette son parachute et son équipement dans un fossé d'irrigation puis se met à marcher en direction du sud. Après environ une demi-heure, il atteint un champ de blé où il se cache jusqu'à la nuit.

Il se remet alors à marcher, toujours vers le sud et, après 10 minutes, il croise deux hommes à vélo, qui, bien qu'il ait découpé ses insignes, comprennent qu'il appartient à la RAF. Ils sont très aimables mais ne peuvent lui être d'aucune aide en matière de vêtements, etc... O'Leary poursuit donc son chemin et marche toute la nuit. En cours de route, il parvient à traire une vache et à en tirer environ 1 litre de lait. Il indique avoir fait de la sorte plusieurs fois par la suite. Le 15 juillet au matin, sa route croise celle d'un soldat allemand qui ne lui prête aucune attention. Dans l'après-midi, il atteint une ferme où on lui donne quelques vieux vêtements en échange de son uniforme. On lui dit qu'il se trouve à environ 30 km de la frontière belge, ses interlocuteurs étant cependant incapables de lire la carte de son kit d'évasion. Il poursuit sa route pendant 2 jours, dormant la journée, marchant la nuit. Le 17, il passe la frontière et arrive près de "Reusels Bosch". [Il s'agit de Reuselsbos, à environ 15 km au nord-est de Mol].

Nous pensons qu'il passe ensuite vraisemblablement par Postel, car il déclare avoir longé un canal à l'est de Mol (le canal de Dessel à Kwaadmechelen) avant de s'allonger au crépuscule au bord d'une route tout près de Mol. Deux jeunes filles lui apportent de la nourriture, bientôt suivies par d'autres gens lui en amenant davantage. Parmi eux se trouve un homme baragouinant l'anglais et qui lui dit de se cacher dans un buisson où un de ses amis viendrait le chercher une demi-heure après la tombée de la nuit. Comme convenu, l'homme arrive et le conduit chez lui à Mol où O'Leary dit être resté 4 jours. Son rapport se termine là avec la mention qu'à partir de ce moment son évasion est organisée.

Nous en avons appris davantage dans le rapport d'activités de Jean André GEENS, 41 Collegestraat à Mol. Il y est mentionné qu'il travaillait dans les champs à couper du seigle lorsqu'il a vu un homme errant dans les bois et les champs, apparemment perdu. Il était en salopette recouvrant un uniforme de la RAF. GEENS a compris la situation et a immédiatement prévenu Albert VANDERVOORT (militaire de carrière habitant Gasthuisstraat 6 à Balen-Neet, avec une autre adresse dans la localité, Rosselaar 69) qui était comme lui membre de l'Armée Secrète. Les deux hommes ont alors pris contact à Mol avec leurs chefs, Henri KERSTENS (Gasthuisstraat 9) et le frère d'Henri, Jozef Felix KERSTENS (15 Veldstraat). Sur conseil de ces hommes, O'Leary est resté caché le reste de la journée dans un "refuge convenable", avant d'être conduit la nuit jusqu'au domicile de Jozef KERSTENS.

Du 17 au 22 juillet 1943, O'Leary reste dans la maison de Jozef Felix KERSTENS. [Jozef Felix Kerstens, né à Mol le 19 mars 1889, a été arrêté par la suite. Déporté en camps en Allemagne, il a été abattu par un soldat SS le 25 avril 1945 au camp d'Oranienburg (Sachsenhausen) et la US Medal of Freedom lui a été attribuée à titre posthume en 1949.

O'Leary indique que le 23 juillet au matin, il est conduit à Gingelom par train. Eugene HULSMANS du 20 Vander Elststraat à Leopoldsburg, un agent de renseignements "Bayard", déclare être allé chercher O'Leary chez Jozef KERSTENS à Mol pour le mener chez Jean WAUTERS, Rampariestraat à Jeuk, tout près de Gingelom. De là, O'Leary est conduit par WAUTERS chez Jean LONDOZ, son épouse et leurs enfants, une fille et leur fils René, au 113 (Grote) Steenweg, Gingelom. Il reste loger là pendant 9 jours, tandis que l'on organise son évasion.

Le 31 juillet, O’Leary quitte Gingelom avec LONDOZ et un instituteur de Landen (Victor REYNAERTS du 73 Stationstraat) qui le guide en train à Bruxelles, de même que Roy Hodge Selon le rapport d'Henri SWINNEN, 86 Rue du Marais, Tirlemont ("Moespikstraat" ?, Tienen), Hodge, venant de Geetbets, est du même voyage, escorté, lui, par Marcel REYNAERTS et le docteur Paul MOERS et son épouse (Delportestraat, Tienen/Tirlemont).

A la gare de Bruxelles, Georges DUPONT les emmène chez sa sœur par le tram. Ils y restent jusqu'au 3 août, quand DUPONT les prend chez lui au 36 Avenue de Fairen (?) jusqu'au 19 août.

Le 17 août, un autre Canadien les rejoint : Edward Bridge. Ils vont attendre un guide dans un magasin de radios. Une fille de 19 ans (elle en a effectivement 17) les prend à une maison. Comme les Allemands la surveillaient, ils sont amenés en banlieue, où ils restent jusqu'au 21 août. De là, ils vont chez Victor SAVALIE, au 121 Clos des Hortensias à Berchem-Sainte-Agathe, jusqu'au 31 août.

Cette jeune fille de 17 ans doit être Elsa "TILBOR" (fille de Gustave VAN TILBORT, Berendrecht-Anvers ?), née le 31 juillet 1926 à Anvers et décédée comme épouse de Nathan LEIBLER à New York ou Jérusalem le 14 février 2012. Elle avait fui Anvers et demeurait cachée sous une fausse identité chez un policier bruxellois. Elle demande à Hodge et O'Leary de contacter sa sœur Sara à New York, au cas où leur évasion serait menée à bien, et de l'informer de la situation de la famille. Ils mémorisent l'adresse de sa tante. Plus tard, Elsa travaillera dans un service de comptabilité de la Wehrmacht à Bourges (France), où elle parviendra à estampiller en secret des papiers en blanc pour la résistance.

Elsa LEIBLER est renseignée comme libérée à Paris par des troupes américaines en août 1944 [cf http://collections.ushmm.org/search/catalog/vha914] Une fois arrivé à Ottawa, Roy Hodge écrit deux lettres à la sœur d’Elsa, Mme Sara SALSZMAN à New York dans le courant de janvier 1944. Hodge n’avait pas correctement mémorisé l'adresse, mais le US Postal Service les délivra néanmoins.

Une interview d'Elsa Leibler en 1995 > https://www.youtube.com/watch?v=B-gfgkWBp7Y

Jean-Marie MOORTGAT ("Brochet"), inspecteur de police et sa femme, Emma Henriette, née KESTELEYN, 13 Rue de Bordeaux à Saint-Gilles, Bruxelles. Secrétaire national du M.N.B. (Mouvement National Belge), il avançait de l'argent pour de la nourriture et de l'habillement pour de nombreux aviateurs (une quarantaine), s'occupant également de leur trouver des hébergeurs. Il leur servait d'interprète, de convoyeur dans des véhicules de police à sa disposition et assurait un important rôle de liaison avec d'autres agents en Belgique. Sa position lui permettait également d'établir sans trop de problèmes de faux documents d'identité. Arrêté en janvier 1944, il fut relâché rapidement par la suite par manque de preuves. O'Leary, Bridge et Hodge figurent en tête de la liste des aviateurs que lui et son groupe ont aidé avant de les passer à "Lily" DUMONT, sans détails ni dates.

Dans son rapport, Roy Hodge confirme son séjour avec Bridge et O'Leary chez Georges DUPONT jusqu'au 31 août, date à laquelle il indique qu'ils ont été menés par "a young girl named Lily", qui les a guidés vers la maison où elle habitait avec une dame âgée.

Selon O’Leary, c’est le 9 septembre, après avoir passé environ 10 jours par le centre de rassemblement chez Hélène CAMUSEL au 160 Rue Marie-Christine à Laeken, que Hodge et lui partent pour Paris. Il semble par ailleurs (Hodge) que "Lily" (Aline DUMONT) était venue les chercher chez une dame très âgée chez qui elle habite près de la gare et qu’après un nouveau délai, c’est le 5 septembre qu’ils partent pour Paris. Hodge confirme que le 5 septembre il a été guidé par Lily vers une gare d'où il est parti pour Mons avec une autre dame…

O’Leary et Hodge sont alors vraisemblablement séparés. Pour ce que nous savons d’O’Leary, un officier français échappé d'un Offlag (Maurice GRAPIN) le mène chez le Dr Louis GUYOT au 50 Rue de Rome à Paris VIIIe, où il reste environ 6 jours.

Le 15 septembre, cet officier français le conduit à la gare et lui présente une femme avec des lunettes foncées qui escorte un aviateur américain (Francis Harkins). Elle les guide jusque Bordeaux.

Là, le 16 septembre, Jean-François NOTHOMB guide O’Leary et Harkins à Dax. Ils vont ensuite à vélo jusque Bayonne et les deux aviateurs logent à Sutar à l'auberge Larre de Jeanne MENDIARA, un peu au sud d’Anglet, ou à Bayonne chez Pierre ARRIEUMERLOU. O'Leary ne mentionne pas Philippe de Liedekerke dans l’annexe C de son SPG.

Le 17 septembre, avec NOTHOMB et une jeune fille qui parlait très bien anglais, O’Leary et Harkins se rendent à Saint-Jean-de-Luz. Ils y passent une nuit et la journée suivante.

Le 18 au soir, un "Louis", guide de montagne les passe en Espagne. O'Leary a probablement ici confondu avec Philippe de Liedekerke, que NOTHOMB leur aura présenté comme leur guide.

C'est le 56e passage de Comète via la ligne de Saint-Jean-de-Luz et la Bidassoa, les deux évadés marchant seuls avec les guides basques.

O’Leary et Harkins restent 4 jours à San Sebastian chez le "senor Don de FREDERICO". Lire : Federico ARMENDARIZ (2e étage du 3 Calle de la Marina à San Sebastian, près de la Concha, plage de San Sebastian). La voiture diplomatique les emmène à Madrid, où ils restent 6 jours. O’Leary arrive à Gibraltar le 1er octobre et y reste 6 jours.

O'Leary quitte Gibraltar par avion le 6 octobre 1943 et arrive le lendemain en Grande-Bretagne, où il est immédiatement interrogé par le MI9.

Décédé en 2018, John O’Leary repose au Hope Cemetery à Ottawa, Canada.


© Philippe Connart, Michel Dricot, Edouard Renière, Victor Schutters